Rencontre avec Philippe Herbet

Philippe Herbet Jeudi, 16 septembre 2010, il est 13 heures, je suis dans Le Carré à Liège avec Philippe Herbet qui a eu la gentillesse, le temps d’un repas, de me livrer avec honnêteté, un petit bout de son parcours, de sa démarche, de ses voyages…

Photographe liégeois de renommée internationale, peut-être né en 1964 à Istanbul… ou ailleurs, Philippe Herbet découvre Charleroi en 2005 à l’occasion d’une résidence qui donnera lieu à la série Aller simple. En 2011, il y revient et pose sur la ville en plein redéploiement son regard d’artiste épris d’aventures. Il raconte ainsi, au fil de ses déambulations sélectives, sa propre vision d’une cité qui fait désormais partie d’un rhizome personnel qui ne cesse de s’étendre. Aux antipodes du reportage socio-économique, la démarche photographique de Philippe Herbet est celle d’un promeneur solitaire et paradoxal, aux multiples enracinements qui, en quête de lui-même, s’adonne avec bonheur à ces moments précieux que constituent les rencontres. Gens d’ici, gens d’ailleurs, il se laisse emporter par ces regards, ces silhouettes, ces vies qui, de chambres d’hôtel en halls de gare, de places publiques en cafés nostalgiques, d’arrêts de bus en rues anonymes, se laissent happer par son objectif. Ici Charleroi, là Bruxelles, Vladivostok, Kiev, Yalta ou Minsk, les trains, les avions, l’emmènent dans des lieux qui sont riches de leur histoire et de l’extraordinaire diversité culturelle qui en résulte. Ses périples sont toujours accompagnés de « carnets de bord », de textes dans lesquels, devenus espaces intimes, il consigne jour après jour ces rencontres qui sont tout sauf fortuites… En parcourant le monde, patiemment, rigoureusement, méticuleusement, à la façon d’un « serial traveler », Herbet remonte d’étape en étape, le fil d’une vie qu’il parcourt accompagné d’un appareil aux allures d’attrape-coeur.  Ici, pas de bouclier de protection, pas de distanciation numérique ou mécanique, pas d’artifices. La réalité bien en face, abordée de front avec prise de risques et mises en danger ; avec bonheur et ravissement, aussi. Ceux de la vie, de l’inconnu, de l’expérience du voyage initiatique sans cesse renouvelée. Si ces photographies, nées du regard posé sur l’Homme d’aujourd’hui portent en elles une force universelle, par la magie de l’empathie sincère de l’artiste pour l’Autre, elles renouent aussi et surtout avec l’intime, avec le parcours de chacun au coeur d’une ville qui, à son tour, s’incarne en eux. Ainsi, loin des clivages finalement anecdotiques que sont les latitudes, la place prédominante que sa démarche laisse à l’humain dans sa quête de l’ailleurs, en fait l’un des artistes belges les plus éminemment et « anachroniquement » romantiques de ce début de 21e siècle…

 

Une réponse pour “Rencontre avec Philippe Herbet”

  1. Charlene dit:

    Super portrait.

    Et en effet, quand on rencontre M. Herbet dans la rue, son appareil photo un peu désuet est comme un signal pour l’aborder, comme un gage de sympathie promise.

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