Omer Ozcetin

Omer Ozcetin

Omer Ozcetin, né à Charleroi en 1976, utilise une matière hautement symbolique, riche d’histoire et de sens, celle des terrils, qu’il connaît bien. Il semble y trouver son inspiration tout autant que sa force. Une force née de racines qui, solidement ancrées et indéfectiblement attachées à une terre, permettent d’avancer.

L’artiste est le fils d’un mineur émigré mort de la silicose. Voilà en quelques mots retracé les fondements de la personnalité d’un homme encore jeune, soucieux de préserver le souvenir d’un père au parcours tant commun qu’extra-ordinaire, extrêmement sensible aux notions fondamentales de passage et de transmission. Quelques mots, presque anodins, pour dire la souffrance, la force et le courage ; pour dire le labeur, la ténacité et la résignation. Pour dire aussi, la joie, celle de la chance que l’on se donne, celle de l’enracinement possible, de la suite qui se prépare, de l’avenir qui se trace. Parmi les pièces de l’artiste que le Musée conserve, Quelque part, est l’une des oeuvres incontournables de notre collection d’art contemporain. Réalisée à partir d’une matière première récupérée sur les terrils des environs, née de la terre même dont elle tire sa substance, cette oeuvre maîtresse dans la production d’Ozcetin appartient à un ensemble de créations qui, au sein des collections, renouent avec notre passé industriel. Si de nombreux artistes s’inspirent, aujourd’hui, des traces laissées derrière elle par cette grande aventure, leurs démarches divergent et trouvent ancrage en divers aspects de notre histoire. Elles touchent tantôt aux paysages aujourd’hui hérissés de ruines, de chancres et de friches, tantôt aux architectures, couleurs, matières, atmosphères spécifiques… Elles sont aussi, pour beaucoup, teintées d’une forte charge émotionnelle. En effet, de nombreux créateurs abordent de front ce puissant substrat tellurique pour en décrire la connotation humaine et en dire la portée universelle. Riche de son propre parcours, riche du parcours de celui qui lui a donné racine, l’artiste renoue ici avec la grande tradition du paysage. Dans des tonalités paradoxales, perdu dans une brume opalescente, le terril au loin, est devenu mont majestueux, presque inaccessible, infranchissable. Une fois encore, le petit coin de terre wallonne, un temps terre promise, retrouve ses lettres de noblesse. Lieu de peine, lieu de mort, le terril se soumet ici à une sensibilité qui le transcende et, devenu mausolée, honore le souvenir d’un homme happé, arraché, déraciné, qui fort de son expérience, a son tour, donna racine.

 

 

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